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    GUGUTA (Gougoutsa)




    Le bonnet de fourrure de Gougousta

    Le père lui avait fait un bonnet trop grand.

    - Il me tombe sur les yeux, père.

    - Mais tu n’as qu’à le remonter. Gougoutsa, tu n’as plus rien à faire cet hiver.

    - Hum ! Gougougsa n’avait donc rien d’autre à faire ?! On allait voir !

    Le lendemain Gougoutsa se leva de bonne heure, sortit à pas de loup de la maison et donna à manger aux brebis. Quand le père vint dans l’enclos, une gerbe de fourrage sous le bras, Gougoutsa était déjà à cheval sur un mouton.

    - Hé, c’est donc toi ?

    - Ah, bonjour, père ! et il lui fit signe de reporter la gerbe à sa place. Dès lors Gougoutsa prit soin des brebis. Mais dans le village de Trois-Chevreaux il faisait de plus en plus froid. Les hommes sortaient de leurs maisons emmitouflés, et la neige craquait sous leur pieds comme s’ils marchaient sur des cordes de violon.

    Un jour qu’il rentrait, on ne sait d’où, Gougoutsa rencontra, non loin du moulin, une fillette des petites classes avec des livres sous le bras. Elle était bleuie de froid.

    - Laisse-moi les porter, s’offrit Gougoutsa en montrant les livres.

    - Toi ? s’étonna la fillette. Elle le regarda des pieds à la tête, mais au lieu de dire non, elle les lui donna, puis elle fourra ses mains dans les manches et, sautillant, suivit Gougoutsa. Le garçon allait bravement, mais une pensée le taquinait : "Comme je n’ai pas de sac, se dit-il, je peux les mettre sous mon bonnet de fourrure. Là il y aura de la place pour ma tête et pour ces livres aussi."

    Et notre Gougoutsa ôta son bonnet de fourrure, le renversa, puis jeta un coup d’oeil sur la petite fille : elle faisait pitié à voir.

    - Tu as froid, n’est-ce pas ?

    - Un tout petit peu, répondit la fillette en claquant des dents.

    - Tiens, prends mon bonnet.

    - Non, Gougoutsa. Tu auras froid.

    - Si tu ne le prends pas, je le laisse là, et il posa son bonnet sur la neige.

    "Crac... Crac..." Ils s’éloignaient. Le garçon grelottait, mais il n’y avait rien à faire. Le bonnet de fourrure restait tout seul au beau milieu de la route. Tantôt Gougoutsa, tantôt la fillette tournait la tête pour voir si le bonnet était toujours là.

    Quand le bonnet s’aperçut que son maître l’abandonnait, il ramassa toutes ses forces et aspira de l’air, si bien qu’il s’agrandit.

    Alors Gougoutsa revint sur ses pas, l’apporta sur son épaule et entra avec la petite fille sous le bonnet. Il reconduisit la fillette chez elle, posa les livres sur le manteau de la cheminée et repartit vaquer à ses occupations.

    Dès lors le garçon surgissait comme par miracle devant la porte de l’école au moment où les enfants de première allaient sortir.

    De lundi à samedi le bonnet grandit sans cesse. Il y avait maintenant de la place pour six fillettes. Une fois, pendant une tempête de neige, Gougoutsa reconduisit même l’institutrice chez elle. Quand il restait de la place, il prenait aussi des garçons.

    - Eh ! les gars, regardez le bonnet qui se promène dans nos rues ! - s’étonnaient les villageois. - Il est aussi grand qu’une meule de foin !

    Après avoir reconduit les enfants, le bonnet redevenait petit pour que Gougoutsa pût l’accrocher au clou.

    Une seule fois le bonnet lui joua un mauvais tour. A la porte cochère de l’école Gougoutsa lui promit monts et merveilles, il le carressait, mais c’était en vain : le bonnet ne voulait pas grandir. Et ce jour-là il faisait si froid que la clochette de l’école s’enroua, et les chiens de Trois-Chevreaux n’aboyaient même pas. Arrivé dans la cour, Gougoutsa se rendit compte de ce qu’il y avait : le matin il avait oublié de donner à manger aux brebis. "Vlan !" s’appliqua-t-il une chiquenaude sur le front pour qu’il n’oubliât plus ce qu’il avait à faire.

    Et le bonnet ne fit plus des siennes.

    Un jour sa mère lui dit d’allumer le poêle, mais Gougoutsa fit autre chose : il fourra toute la maison sous son bonnet, et la chaleur se répandit dans toutes les chambres. Puis Gougoutsa voulut abriter sous son bonnet tout le village ! Et il se mit à donner à manger aux brebis des voisins. Le bonnet devint alors aussi grand que le village des Trois-Chevreaux, si large et si haut qu’il couvrit tout le ciel. La neige disparut comme par enchantement. Dans les cours les iris, les lilas fleurissaient. Les enfants de première avaient ouvert la fenêtre de leur classe et chantaient à tue-tête :

    Voilà le printemps, le printemps qui arrive

    Réveiller les collines, les champs et les rives...

    Seulement dans le village de sous le bonnet les lampes électriques fonctionnaient jour et nuit. Les hommes vaquaient à leurs affaires. Des autos klaxonnaient sous le bonnet, on y entendait grincer les chadoufs des puits...

    "Mais par où sortira la fumée du village ?" se demanda un homme qui fendait du bois pour que sa femme lui fît des galettes. La nuit l’homme monta sur le toit de sa maison, prit encore une échelle et fit un trou dans le bonnet. Comme il était ensommeillé, il fit un trou trop grand, et le froid entra dans le village.

    Le lendemain, les hommes chassèrent une volée de corbeaux de sous le bonnet, ramassèrent tous les bonnets du village, puisqu’on n’en avait plus besoin, et en bouchèrent presque tout le trou. Dans le village il n’y avait que quelques bonnets pour les hommes qui se rendaient en ville acheter des craquelins ronds, du halva, ou régler des affaires, car au-delà du bonnet géant de Gougoutsa l’hiver battait son plein.




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