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    ACCUEIL > ACTUALITES MOLDAVIE > DEBAT LINGUISTIQUE > LIMBA NOASTRA. Notre langue

    LIMBA NOASTRA. Notre langue


    LIMBA NOASTRA

    Le 31 août est un jour férié en Moldavie c’est « Limba Noastra », le jour de la langue. Mais quelle langue ? La langue moldave n’existe pas. La majorité des Moldaves sont d’origine roumaine et ils parlent donc le roumain. Pour des raisons partisanes, les politiques utilisent le débat linguistique entre les communautés qui vivent en Moldavie. Pendant la période soviétique le roumain, langue latine, comme le français, le catalan, l’italien ... s’est écrit en cyrillique. D’où la confusion, entretenue, de langue moldave différente du roumain. Pour mieux comprendre la situation linguistique compliquée de la Moldavie, voici l’article de Jacques Leclerc :


    5 La politique linguistique de la Moldavie
    Dans les lignes qui suivent, nous décrirons la politique linguistique de la république de Moldavie, sans les deux régions constituées par la Gagaouzie et la Transnistrie. lesquelles feront l’objet d’un traitement à part.

    5.1 Les textes juridiques

    Les documents juridiques sur lesquels il est possible de s’appuyer pour décrire cette politique linguistique sont d’abord les trois lois adoptées le 31 août 1989, juste avant l’indépendance : la Loi relative au statut de la langue officielle dans la république de Moldavie, la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie et la Loi relative au retour de la langue moldave à la graphie latine. Cependant, ces lois ont été suspendues en 1994 et elles ne sont plus en vigueur, du moins en principe. Néanmoins, le gouvernement continue d’appliquer en douceur la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie. Il faut ensuite citer le Code de la juridiction constitutionnelle (n° 502-XIII) du 16 juin 1995, la Loi relative à la Cour constitutionnelle n° 317-XIII du 13 décembre 1994 modifiée par la loi n° 917-XIII du 11 juillet 1996 et par la loi n° 1221-XIII du 26 juin 1997, sans oublier la Loi relative à la procédure de l’élection du président de la république de Moldavie du 22 septembre 2000.

    Il n’existe pas d’autre loi relative à la protection juridique des minorités nationales en Moldavie. Trois projets de lois ont été présentés au Parlement, mais aucun n’a pas être adopté. Le dernier projet de loi concernant les droits des personnes appartenant aux minorités nationales et le statut juridique de leurs organisations a été présenté comme une initiative législative des députés au mois de mai 1995. Au moi de juin 1997, le Parlement l’a approuvé en première lecture et devait ultérieurement être examiné en commission parlementaire. Présentement, ce projet de loi dit « amélioré » devrait correspondre davantage aux principes reconnus par la Convention-cadre du Conseil de l’Europe (notamment les art. 3, 4, 5, 10, 17 et 20). Le projet de loi prévoit le droit de toute personne de choisir ou non librement son appartenance à une minorité nationale, le droit à une protection égale par la loi, l’obligation de l’État de contribuer à la préservation de la diversité ethnique, le droit d’utiliser sa langue maternelle, le droit de conserver l’orthographie des nom et prénom, ainsi que le droit à la reconnaissance officielle de son appartenance ethnique.

    Néanmoins, au cours de la décennie quatre-vingt-dix, plusieurs documents (type décret ou décision) ont tout de même été adoptés, dont le Décret du président de la république de Moldavie no 64 du 22 février 1991 concernant le développement de la culture nationale des Ukrainiens dans la République, la Décision du gouvernement no 219 du 25 avril 2001, la Décision du Gouvernement de la république de Moldavie no 336 du 9 juin 1991 relative aux mesures nécessaires au développement de la culture nationale russe dans la république, le Décret du président de la république de Moldavie no 0604-945 du 12 août 1991 sur les mesures nécessaires au développement de la culture nationale juive et la satisfaction des nécessités sociales de la population juive de la république de Moldavie, la Décision du gouvernement no 682 du 9 décembre 1991, le Décret du président de la république de Moldavie no 79 du 30 mars 1992 concernant les mesures nécessaires au développement de la culture nationale des Bulgares, ainsi que la Décision du gouvernement no 428 du 23 juin 1992 (sur le même sujet).

    En absence de toute loi réelle relative à la protection des membres appartenant aux minorités nationales de la république de Moldavie, les discussions au plan politique de l’État dans ce domaine restent encore soumises à la controverse.

    La république de Moldavie a adhéré à 42 conventions du Conseil de l’Europe concernant les droits de l’homme et la protection des minorités nationales, dont 18 ont été ratifiées. Mentionnons particulièrement la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe (1996) qui a été signée le 13 juillet 1995, ratifiée par le Parlement moldave le 20 novembre 1996 et entrée en vigueur le 1er février 1998. Pour le moment, c’est le seul texte juridique en vigueur concernant les minorités nationales en Moldavie.

    Le gouvernement moldave a élaboré un programme prévoyant la modification de 22 textes juridiques, dont la Constitution. Certains espèrent que la modification des articles 24, 25, 30, 32 54 et 55 de la Constitution aboutira à préciser et exclure la possibilité d’interprétation arbitraire à l’égard des droits et libertés de l’homme, ainsi qu’à celui des minorités nationales. On espère ainsi que la base juridique de l’État moldave se modernise et concorde avec les standards européens. Il faudra sûrement apporter des modifications à plusieurs autres documents juridiques afin de les rendre conformes à la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) : par exemple, le Code pénal, le Code de procédure pénale, le Code civil, le Code de procédure civile, le Code de la famille, le Code du travail, le Code administratif, la Loi relative à l’immigration, etc.

    5.2 Langue officielle et langues minoritaires

    La langue officielle de la république de Moldavie est proclamée dans deux documents principaux. D’abord, la Constitution de 1994 : « La langue officielle de la République est la langue moldave utilisant la graphie latine. » Puis l’article 1 de la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie (1989) :

    Article 1er

    1) En conformité avec la Constitution (la Loi fondamentale) de la RSS de Moldavie, la langue moldave fonctionnant sur la base de l’alphabet latin est la langue officielle de la RSS de Moldavie.

    2) La langue moldave, en tant que langue officielle, est employée dans toutes les domaines de la vie politique, économique, sociale et culturelle, et par conséquent elle exerce la fonction de langue des relations internationales sur le territoire de la République.

    L’un des problèmes importants en Moldavie vient du fait que la connaissance de la langue officielle n’est pas obligatoire pour un citoyen moldave. Par exemple, l’article 3 de la Constitution espagnole déclare : « Le castillan est la langue espagnole officielle de l’État. Tous les Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l’utiliser. » Il demeure rare qu’un État oblige ses citoyens à connaître la langue officielle, mais le moldave n’est pas en Moldavie une langue forte, alors qu’en Espagne le castillan règne en maître. Pourtant, la république de Moldavie n’utilise pas le contrainte, bien que la concurrence linguistique soit très forte en Moldavie. De plus, le quart de la population moldave ignore la langue officielle ou, pour employer un euphémisme, « ne se sent pas très confortable » dans cette langue. Dans le cas de presque tous les russophones de Transnistrie, il n’est même pas question d’apprendre cette langue (qu’ils méprisent ouvertement).

    Le fait qu’en Moldavie il soit toujours possible pour un citoyen d’employer sa langue maternelle (p. ex., le bulgare, l’ukrainien, etc.), bien que la législation ait accordé un statut juridique spécifique au russe (et au gagaouze en Gagaouzie) crée forcément une hiérarchie entre les langues, lesquelles entrent alors en concurrence. En réalité, les droits accordés aux russophones apparaissent disproportionnés comparativement à leur poids démographique (12,% % de la population). Mais il faut dire que le russe a servi jusqu’ici de langue véhiculaire entre les ethnies. Les minorités ont compris que moins le russe servira de langue véhiculaire, plus il sera facile pour l’État de réduire les Russes au silence.

    Pour résoudre ces problèmes, le gouvernement a approuvé la création du ministère des Relations nationales et du Fonctionnement des langues, en y créant une Direction pour la promotion de la langue officielle et le contrôle du respect de la législation linguistique. Cette direction a également comme tâche la protection des langues minoritaires parlées dans le pays. L’une des fonctions principale de ce ministère consiste à promouvoir la politique linguistique de la république de Moldavie dans le domaine des relations nationales, assurer sur la base de la législation linguistique en vigueur le fonctionnement de la langue officielle et des autres langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie et à représenter les minorités dans les organismes de l’Administration publique afin de protéger les intérêts de l’ethnie majoritaire moldave et de ceux des minorités nationales. C’est à ce ministère des Relations nationales et du Fonctionnement des langues que revient le rôle de veiller au respect de la législation linguistique en vigueur.

    D’ailleurs, une vingtaine de minorités nationales disposent de leur propre association, notamment les Ukrainiens, les Russes, les Bulgares, les Gagaouzes, les Juifs, les Biélorusses, les Polonais, les Allemands, les Tsiganes, les Grecs, les Lituaniens, les Arméniens, les Azéris, les Tatars, les Tchouvaches, les Italiens, les Coréens et les Ouzbeks.

    5.3 Les langues de la législation

    Bien que le moldave soit l’unique langue officielle, l’État fonctionne dans les faits sur le mode du bilinguisme. C’est une pratique héritée du régime soviétique et elle se perpétue en Moldavie. Les parlementaires ont le droit de s’exprimer aussi bien en moldave qu’en russe, la traduction simultanée étant assurée lors des débats. Les membres du gouvernement peuvent employer le moldave ou le russe dans leurs rapports avec leurs concitoyens. Les lois, les comptes rendus et les arrêtés sont rédigés, imprimés et publiés en moldave et en russe, les deux versions ayant la même valeur au point de vue juridique. C’est, par exemple, une pratique qui existe au Parlement du Québec où toutes les lois et autres documents officiels sont publiés en français et en anglais, bien que le français soit l’unique langue officielle ; toutefois, comme il n’existe pas de service de traduction simultanée à Québec, un député anglophone unilingue trouverait le temps bien long.

    Par ailleurs, l’article 3 de la Loi relative à la procédure de l’élection du président de la république de Moldavie (du 22 septembre 2000) précise que les candidats à la fonction de président de la République doivent parler la langue officielle.

    Article 3
    Conditions pour les candidats à la fonction de président de la République

    Peut être élu président de la République tout citoyen de la République ayant le droit de vote 40 ans révolus, qui a habité pendant dix années de suite ou habite de façon permanente depuis dix ans sur le territoire de la République, qui parle la langue officielle et remplit les conditions de la présente loi.

    Une telle disposition interdirait à un russophone unilingue de devenir président de la république de Moldavie.

    Pour donner une idée de la représentation ethnique au Parlement moldave, on comptait en 2002, sur les 101 députés, 58 Moldaves, 14 Ukrainiens, 12 Russes, 8 Roumains, 6 Gagaouzes, 2 Bulgares et un Géorgien. Parmi les 16 ministres, figurent un Russe et un Gagaouze.

    5.4 Les langues de la justice

    En matière de justice, la législation est précise sur l’emploi des langues. L’article 30 de la Loi relative à la Cour constitutionnelle n° 317-XIII du 13 décembre 1994, modifiée par la loi n° 917-XIII du 11 juillet 1996 et par la loi n° 1221-XIII du 26 juin 1997, traite spécifiquement de la langue de la procédure :

    Article 30

    1) La procédure et les travaux de secrétariat sont réalisés dans la langue officielle. Les documents présentés dans une autre langue sont traduits dans la langue officielle et sont portés à la connaissance publique.

    2) Les participants à la séance qui ne connaissent pas la langue officielle peuvent parler et donner des explications à l’aide d’un interprète.

    L’article 15 du Code de la juridiction constitutionnelle (n° 502-XIII) du 16 juin 1995 déclare :

    Article 15

    1) La procédure de la juridiction constitutionnelle se fait en langue moldave.

    2) Le droit de parler à l’aide d’un interprète est garanti aux personnes ne connaissant pas la langue de la procédure.

    3) Les documents de la procédure de la juridiction constitutionnelle sont présentés à la Cour constitutionnelle et sont remis aux parties et, en conformité avec la décision de la Cour, à d’autres personnes selon les modalités déterminées par la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie.

    Dans le respect du système juridique, la Constitution déclare que les individus qui ne peuvent pas comprendre et parler la langue officielle ont le droit de lire tous les actes et documents des tribunaux et parler dans leur langue au moyen d’un interprète. Selon les dispositions de la législation, la cause peut être conduite dans une langue acceptée par la majorité des participants. Des notaires publics peuvent employer la langue russe.

    Dans son article8 (« Égalité devant la loi »), la loi relative à l’organisation judiciaire no514-XIII du 6juillet1995 (Monitorul Oficial no58/641 du 19octobre1995) dispose ce qui suit :

    Article 8

    Tous les citoyens de la République de Moldova sont égaux devant la loi et l’autorité judiciaire, sans distinction aucune fondée sur la race ou la nationalité, l’origine ethnique, lalangue, la religion, le sexe, l’opinion politique ou toute autre opinion, la fortune, l’origine sociale, ou toute autre situation

    L’article8 du Code de procédure pénale (« Administration de la justice sur la base de l’égalité des personnes devant la loi et les tribunaux ») précise ce même type de protection :

    Article 8

    Dans les affaires pénales, toutes les personnes sont égales devant la loi et les tribunaux, sans distinction aucune fondée sur la race, la nationalité, l’origine ethnique, la langue, la religion, le sexe, l’opinion politique ou toute autre opinion, la fortune ou l’origine sociale, le domaine ou le type d’activité, le lieu de résidence ou la citoyenneté ou toute autre situation.

    Par ailleurs, l’article 15 de la Loi relative au fonctionnement des langues sur le territoire de la république de Moldavie prévoit que les procédures pénale, civile et administrative sont menées dans la langue officielle ou dans une langue acceptée par la majorité des personnes participant à un procès. Quiconque ne maîtrise pas la langue de la procédure judiciaire bénéficie du droit de prendre connaissance du dossier et de participer au déroulement d’une enquête judiciaire par l’ intermédiaire d`un interprète ; toute personne a aussi le droit de prendre la parole et de faire des dépositions dans sa langue maternelle. Même si la loi n’est plus juridiquement en vigueur, elle peut être appliquée.

    5.5 Les langues de l’Administration

    Dans les faits, ce sont les lois linguistiques du 31 août 1989 qui continuent d’être en vigueur, bien qu’elle ne soient plus en principe en vigueur. C’est notamment le cas de la Loi relative au statut de la langue officielle dans la république de Moldavie et surtout la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie. Cette dernière loi précise l’identité linguistique moldo-roumaine existante, attribue à la langue moldave le statut de langue officielle et assure la protection des libertés et des droits constitutionnels des citoyens de toute appartenance ethnique, sans égard à la langue qu`ils parlent.

    En vertu de l’article 6 de la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie, énonce que le moldave et le russe sont les langues des communications orales ou écrites utilisées dans les relations avec les organismes de l’État, l’Administration, les organismes non gouvernementaux (ONG), les entreprises, les institutions et toute organisation situés sur le territoire de la république de Moldavie. C’est le citoyen qui choisit la langue de la communication. Dans les localités d`implantation substantielle des minorités ukrainiennes, russes, bulgares ou autres, la langue maternelle concernée peut être utilisée. L’article 7 de la même loi prévoit que le citoyen a le droit de choisir le moldave, le russe ou le gagaouze (en Gagaouzie) lorsqu’il s’adresse à l’Administration de l’État, aux services de santé publique, de l’éducation, de la culture, des médias, des transports, des commerces, des services au consommateur, des services municipaux, etc.

    Les employés doivent connaître suffisamment le moldave et satisfaire aux normes définies par le Conseil des ministres de la RSS de Moldavie. L’article 9 de la Loi concernant le fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie précise que la langue de travail au sein des organismes de l’État, de l’Administration et des organismes non gouvernementaux est le moldave, mais que, le cas échéant, des documents peuvent être traduits en russe. Dans les localités d`implantation substantielle de Gagaouzes, la langue de travail est la langue officielle, ainsi que les langues gagaouze et russe. Bien que l’article 13 prévoit que les communications entre un organisme de l’État et les autres organismes ou entreprises se déroulent en moldave, il est néanmoins possible d’utiliser n’importe quelle autre langue acceptée par les parties. La langue des travaux de secrétariat dans les localité d’implantation substantielle des minorités ukrainiennes, russes, bulgares ou autres est la langue officielle (moldave), la langue maternelle ou toute une autre langue acceptées localement.

    L’article 24 de la Loi concernant le fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie prévoit que les localités et autres lieux géographiques de la Moldavie possèdent une seule dénomination officielle, c’est-à-dire en moldave ou en gagaouze (sans traduction ni adaptation) afin de tenir compte des traditions historiques de la localité concernée. Les dénominations relatives aux places, rues, boulevard, arrondissements, etc., sont normalement rédigées dans la langue officielle sans traduction (mais en gagaouze dans les localités peuplées de Gagaouzes) ; mais dans les localités rurales d`implantation substantielle d’Ukrainiens, de Russes ou de Bulgares, on peut employer une autre langue.

    Conformément à la l’article 29 de la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie, il est prévu que les textes des affiches et des annonces publiques soient rédigés dans la langue officielle et, le cas échéant, traduits dans les langues russe ou gagaouze, ou dans une autre langue dans les localités rurales où il existe une implantation substantielle des minorités ukrainienne ou bulgare ; les informations visuelles peuvent être présentées aussi dans ces langues.

    Dans la pratique, la situation n’est pas aussi égalitariste. Comme le russe a acquis des droits spécifiques dans la Constitution (art. 13 : « L’État reconnaît et protège le droit à la conservation, au développement et à l’utilisation de la langue russe et des autres langues sur le territoire du pays »), celui-ci n’est pas au même niveau que les autres langues. En tant qu’ancienne langue coloniale ou langue inter-ethnique dans l’ex-URSS, le russe bénéficie de prérogatives indéniables. Ce pays fonctionne, rappelons-le, sur le monde du bilinguisme officiel. Le russe est partout, dans tous les bureaux, sur les affiches, etc. Toute personne voyageant dans ce pays se laisse convaincre facilement qu’il s’agit d’un pays bilingue. Les petites langues nationales, telles que le biélorusse, le polonais, le tsigane, l’allemand, l’arménien, le lituanien, l’azéri, l’ouzbek, etc., ne sont pas aussi bien représentées dans les services publics ; généralement, elles demeurent invisibles, le russe, à défaut du moldave, prenant toute la place.

    5.5 L’éducation

    Rappelons que l’article 35 de la Constitution prévoit que « l’État garantit le droit, dans les conditions prévues par la loi, de choisir la langue d’éducation et d’instruction ». Ainsi, le processus d’intégration linguistique des minorités nationales au sein de la majorité moldave se fait sur une base bénévole. De plus, la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie a prévu un chapitre (le chapitre V) concernant l’emploi des langues dans le domaine scolaire (art. 18 à 23). Selon le cadre conceptuel de l’éducation, les objectifs du système éducatif sont les suivants :

    I.Promouvoir le respect des droits et des libertés des peuples, quelle que soit leur origine ethnique ;
    II.Préparer les enfants à assumer leurs responsabilités dans une société libre, et dans un esprit de compréhension, de paix, d’égalité des sexes et d’amitié entre les peuples et les groupes ethniques, nationaux et religieux.

    En vertu de la réforme du programme d’études dans la république de Moldavie, l’éducation poursuit notamment les objectifs suivants :

    III. Favoriser le respect des droits et des libertés des personnes quelles que soient leur origine ethnique et sociale et leur religion, conformément aux principes consacrés dans la Charte des Nations unies ;

    IV. Préparer l’enfant à assumer les responsabilités afférentes à une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité des sexes et de coopération entre les peuples et les groupes ethniques, nationaux et religieux ;

    V. Favoriser l’aptitude à la tolérance et au règlement des conflits ;

    VI. Encourager le respect des valeurs humaines, sociales, culturelles, morales et nationales ;

    VII. Faire accepter les valeurs démocratiques que sont la tolérance et le dialogue interculturel ;

    IX. Faire connaître les droits de l’homme et le principe de l’égalité entre les nationalités ;

    X. Faire respecter les valeurs de tolérance envers toutes les races, nationalités, religions et modes de vie en suscitant un intérêt pour la qualité de la vie sociale, la coopération et l’équité ;

    XI. Repousser les frontières ethniques, linguistiques et culturelles en encourageant les enfants à intégrer de nouvelles valeurs en tant que membres d’une communauté plus vaste ;

    XII. Favoriser l’identité nationale et culturelle, l’intérêt et la tolérance pour le patrimoine littéraire des autres peuples ;

    XIII. Coopérer et collaborer avec des peuples différents sans distinction de nationalité, de race, de sexe ou de religion ;

    XIV. Contribuer à une compréhension mutuelle aux plans international et communautaire.

    On constatera que la république de Moldavie prévoit la protection des langues des minorités ethniques et n’encourage pas, au contraire, l’assimilation forcée des personnes appartenant à des minorités ethniques.

    - Le libre choix de la langue d’enseignement

    En vertu de la législation linguistique en vigueur, l’apprentissage de la langue officielle de l’État repose sur une base volontaire. Les russophones, par exemple, ne sont pas obligés de connaître le moldave. Dans les régions peuplées d’Ukrainiens, de Bulgares et de Gagaouzes, des conditions adéquates sont en place pour que l’enseignement préscolaire des enfants se fasse désormais dans leur langue maternelle.

    La Loi sur l’éducation et la Loi concernant le fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie (art. 18) fixent un principe de base : l’État moldave assure le droit de choisir une langue d’éducation à tous les niveaux de l’instruction. Conformément à ces dispositions, les minorités nationales peuvent avoir des écoles unilingues qui enseignent dans leur langue maternelle, mais le moldave doit figurer au programme des écoles primaires et secondaires en tant que matière obligatoire. Il existe aussi un programme spécial qui vise à promouvoir l’usage des langues nationales dans les établissements d’enseignement supérieur. De plus, la Loi concernant le fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie garantit le droit à l’éducation secondaire, à des études de culture générale, à des études techniques et professionnelles, et des études supérieures en langue moldave et russe. L’État doit créer les conditions nécessaires pour que les membres des minorités nationales puissent recevoir leur instruction dans la langue de leur choix (russe, gagaouze, ukrainien, bulgare, etc.).

    La Loi relative à l’enseignement détermine les objectifs de l’enseignement de la manière suivante :

    1) l’éducation du respect pour les droits et les libertés, sans égard à l’appartenance ethnique ;
    2) l’instruction de l’enfant pour qu’il puisse assumer ses responsabilités au sein d’une société libre dans un esprit d’amitié entre les peuples et les groupes ethniques, nationaux, religieux ;
    3) l’éducation dans le respect de l’identité ethnique, de la langue et des valeurs culturelles, ainsi que des valeurs nationales du pays.

    En soutenant que l’enseignement dans la langue maternelle d’un enfant constitue un élément essentiel pour la conservation et l`épanouissement de l`identité linguistique et culturelle de toute ethnie, l’État garantit sa gratuité et son accessibilité grâce à un réseau étendu d’établissements préscolaires, de lycées, d’écoles secondaires et d’instituts supérieurs.

    - Les écoles primaires et secondaires

    En vertu de l’article 18 de la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie, l’État garantit l’utilisation, parallèlement au moldave, du russe, de l’ukrainien, du bulgare, du « néo-hébreu », du yiddish, du tsigane, ainsi que des langues parlées par d’autres minorités linguistiques habitant le territoire de la République.

    Lors de l’année scolaire 1997-1998, on comptait en Moldavie 1469 écoles rassemblant 640 393 élèves, dont 1005 écoles moldaves (459 727 élèves), 257 écoles russes (121 218 élèves) et 125 écoles mixtes (58 891 élèves) ; dans ces dernières, il s’agissait de 18 classes où l’enseignement est dispensé en ukrainien et six classes en bulgare. Les langues des minorités nationales qui font l’objet d’un enseignement en tant que matière d’enseignement sont les suivantes : l’ukrainien (dans 76 établissements d’enseignement pré-universitaires et 16 classes expérimentales), le gagaouze (dans 52 établissements) et le bulgare (dans 29 établissements). La langue bulgare est étudiée dans 27 jardins d’enfants (13 338 enfants), 26 écoles de culture générale (7994 élèves) et en trois lycées (524 élèves) ; il existe aussi six classes expérimentales (122 élèves) en bulgare. Dans les « écoles du dimanche » organisées par certaines sociétés ethno-culturelles, les enfants étudient dans leur langue maternelle - l’allemand, le polonais, le lituanien et le grec. Aujourd’hui, les enfants d’origine juive et polonaise peuvent recevoir leur instruction dans leur langue maternelle. Les enfants biélorusses, lituaniens, grecs, azéris et allemands peuvent aussi apprendre leur langue maternelle et leur culture nationale dans des écoles du dimanche créées par leurs organisations ethnoculturelles respectives.

    - Le russe en tant que langue seconde

    Le 18 décembre 2001, le ministre de l’Éducation nationale de la Moldavie a annoncé qu’à partir du 1er janvier 2001 l’introduction du russe en tant que langue seconde deviendrait obligatoire dans toutes les écoles primaires. Le ministre a affirmé que la mesure provient de la pression de nombreux parents en faveur de l’enseignement plus précoce du russe (langue seconde) à leurs enfants. Mais les enseignants ont critiqué cette mesure estimant qu’il s’agissait d’une russification de l’enseignement. C’est que, pour des raisons historiques, renforcer le statut du russe équivaut nécessairement à réduire celui du moldave ! Une étude, réalisée en novembre 2001 par l’Institut pour les politiques publiques, révèle que, si 39 % des personnes interrogées réaffirment leur soutien au gouvernement (communiste), 58 % se prononcent contre la modification de la législation linguistique moldave.

    En janvier 2002, des juristes moldaves oeuvrant dans des organisations non gouvernementaux pour les droits de l’homme ont demandé au gouvernement d’annuler l’ordre du Ministère concernant l’introduction de la langue russe dans les écoles primaires. Selon les membres de ces organismes, l’État moldave violerait ainsi l’article 35 (2) de la Constitution qui déclare que « l’État garantit le droit, dans les conditions prévues par la loi, de choisir la langue d’éducation et d’instruction ». De plus, le paragraphe 3 affirme : « L’étude de la langue officielle est assurée dans les établissements d’enseignement de tous les degrés. » Cette mesure ministérielle violerait également l’article 60 (1) de la Loi sur l’éducation qui permet aux parents ou aux professeurs privés de choisir la langue de l’éducation. Les juristes soulignent que le document ministériel contient aussi des nombreuses erreurs de grammaire, ce qui démontrerait que les fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale maîtrisent mal le moldave à un niveau jugé acceptable et confirmerait la présomption qu’ils devraient apprendre plutôt le roumain (moldave) que le russe.

    La Roumanie a aussi condamné la décision du gouvernement moldave. Dans une déclaration officielle, le ministère des Affaires étrangères de la Roumanie a qualifié la mesure d’ « acte politique interférant dans l’éducation et la culture » qui accorde au russe un « statut privilégié ». Les Roumains ont fait savoir qu’on ne pouvait pas imposer le russe comme « seconde langue officielle » contre la volonté d’une majorité de Moldaves. Mais le premier ministre moldave a écarté les accusations de la Roumanie en affirmant que celle-ci n’avait pas à se mêler des affaires internes d’un autre État. Sous l’initiative des partis d’opposition, des manifestations pacifiques contre la russification dans les écoles ont commencé dès le 9 janvier 2002.

    En réalité, l’enseignement du russe comme langue seconde entre en conflit avec l’enseignement de l’anglais langue seconde, par avec le moldave (ou le roumain). Le choix du russe dans les écoles moldaves a pour effet de réduire l’enseignement de l’anglais. Comme il est peu probable que la Moldavie fasse bientôt partie de l’Union européenne, le choix du russe au lieu de l’anglais paraît assez logique.Néanmoins, le principe de la liberté de choix dans l’enseignement est forcément, car la décision ministérielle revient à imposer le russe comme langue seconde, la langue d’une minorité, à la majorité moldave. Évidemment, cette introduction du russe ne touche aucunement les russophones ! On aurait pu au moins leur imposer le moldave comme langue seconde !

    - L’enseignement supérieur

    En ce qui concerne l’enseignement supérieur dans l’année d`étude 1998/99, dans la république de Moldavie fonctionnaient 38 institutions d`enseignement supérieur, ayant un nombre de 72 729 étudiants. La composition des étudiants, en fonction de leur origine ethnique, est la suivante : Moldaves (72%), Russes (13 %), Ukrainiens (9 %), Gagaouzes (4 %), Bulgares (2 %) ; on compte quelques centaines d’élèves pour les minorités juives, tsiganes et autres.

    Les deux tiers de tous les étudiants des établissements d’enseignements supérieurs étudient dans la langue officielle, mais 31 % font leurs études en russe. Dans toutes les universités du pays, les cours sont dispensés en moldave et/ou en russe. Il existe aussi une université des langues et cultures slaves. Des groupes d’études existent en ukrainien, en anglais, en français, en allemand, en espagnol, en bulgare et en gagaouze. En Gagaouzie, dans la ville de Comat, on compte une université dont la majorité des étudiants appartiennent à l’ethnie gagaouze.

    - L’enseignement des langues étrangères

    La Moldavie encourage l’apprentissage des langues étrangères, notamment le russe, l’anglais, le français, l’allemand et l’espagnol, mais le russe et le français demeurent les langues les plus étudiées. Le russe est obligatoire comme langue seconde dans les écoles secondaires du pays. Quant au français, il est une matière d’enseignement pour quelque 400 000 élèves, soit 72 % du nombre total des élèves, au sein de 1124 établissements d’enseignement secondaire. Dans ces établissements dits « de culture générale », le français est étudié en raison de deux à trois heures hebdomadaires (de la seconde à la douzième année). Il existe aussi des écoles spécialisées, à enseignement approfondi d’une ou plusieurs disciplines scolaires, dont le français. On dénombre 113 « écoles spécialisées en français ». Dans ces établissements, cette langue est enseignée en raison de quatre à cinq heures par semaine. Outre des éléments de la langue, les élèves étudient également (en français) la littérature, la géographie ou certaines disciplines plus spécifiques ou techniques. Selon l’Alliance française, si les jeunes apprennent le français à l’école, ce serait tout simplement parce qu’il n’y aurait pas assez de professeurs d’anglais ( ?).

    Dans les établissements supérieurs, l’Université d’État Moldova, l’Université pédagogique de Chisinau, l’Université pédagogique de Balti et l’Université libre internationale de Moldova dispensent leurs cours en français et forment près de 750 étudiants par an. L’Université technique possède depuis quelques années une filière avec un enseignements partiellement en français ; elle forme chaque année plus de 80 ingénieurs.

    La France, pour sa part, est culturellement présente en Moldavie grâce à l’Institut français de Lasi (filiale de celui de Bucarest) et à l’Alliance française de Chisinau.

    5.6 La vie économique et les médias

    L’article 29 de la Loi relative au fonctionnement des langues parlées sur le territoire de la république de Moldavie prévoit que le texte de toute publicité publique, de même que les avis ou toute autre information visuelle doivent être rédigés dans la langue officielle et peuvent être traduits en russe, le cas échéant - dans les localités où est concentrée cette communauté - ou en gagaouze (selon le cas). Le moldave est obligatoire sur les étiquettes, les modes d’emploi et les inscriptions des produits manufacturés en république de Moldavie, sinon le russe est permis.

    Comme on peut le constater, la langue russe reste encore très importante en Moldavie, bien que cette langue ait vu, depuis quelques années, réduire quelque peu son influence. La vie politique et économique s’est modifiée considérablement depuis l’indépendance au profit du moldave qui connaît un essor remarquable : son emploi a augmentédansles tous les domaines, y compris dans les médias.

    Dans la presse écrite, le russe reste encore la langue des communications écrites destinées à tous les Moldaves : beaucoup de journaux sont rédigés en russe, notamment les annonces, la publicité et des articles destinés au grand public. Présentement, on estime que 50 % des journaux sont en moldave. Autrement dit, la moitié des publications est diffusée dans l’une ou l’autre des langues minoritaires du pays, surtout en russe.

    Le droit de toute personne appartenant à une minorité nationale d’exprimer ses idées librement dans sa langue maternelle est garantie par une série de documents législatifs tels que la Constitution, dont l’article 32 prévoit que tout citoyen jouit de la liberté de la pensée, de l’opinion, ainsi que de la liberté d’expression en public par le mot, l’image ou autre moyen possible. Cet article a constitue le fondement de plusieurs lois, dont la Loi sur la presse et la Loi de l’audiovisuel. La liberté de l’opinion et de l’expression sont étroitement liées aux médias. En réalité, seules les minorités importantes disposent d’une presse adéquate : les Russes, les Ukrainiens, les Gagaouzes et les Bulgares.

    Dans la presse électronique, l’État accorde une priorité à favoriser la diffusion d’émissions radio-télévisées dans les langues des minorités nationales. Le moldave et le russe sont omniprésent, mais d’autres langues sont présentes : l’ukrainien, le bulgare, le yiddish, l’anglais et le français. Des émissions à caractère instructif en langue française sont diffusées à la radio nationale, dont Dis-moi tout, et à la télévision (Bienvenue en France).




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